L'intelligence artificielle n'est plus un sujet réservé aux grandes entreprises technologiques. Elle est déjà là, dans les CPAS, les maisons de repos, les services d'insertion, les ASBL, souvent par la petite porte, parfois sans que personne n'ait vraiment décidé de la faire entrer.
C'est pour aborder le sujet frontalement que Digicoop, le collectif wallon d'acteurs numériques de l'économie sociale, s'est réuni ces dernières semaines à l'Agence du Numérique pour deux journées de formation "Facilitateur IA".
Une initiative portée par Digital Wallonia et soutenue par la Direction de l'Économie Sociale du SPW Économie Emploi Recherche, animée par Dominique Mangiatordi d'ai5. Syneco y était, comme initiateur et membre du réseau.
La posture avant les outils
Pas de fascination naïve : une posture lucide : tester, comprendre, questionner et construire.
La formation a posé d'emblée trois questions structurantes : comment identifier les bons cas d'usage ? Comment accompagner les organisations sans surpromettre ? Comment maintenir une ligne éthique claire sur les données, les biais algorithmiques, la dépendance technologique ?
Dans l'économie sociale, la relation aux bénéficiaires, la protection des données sensibles et les contraintes budgétaires ne permettent pas les approximations. L'IA y est utile exactement dans la mesure où elle est bien comprise et bien encadrée.
Ce qu'on retient
Les cas d'usage les plus pertinents pour nos secteurs sont souvent les plus discrets : trier et orienter des demandes entrantes, rédiger des rapports à partir de notes, automatiser un reporting mensuel, mettre en place une veille réglementaire, déployer un chatbot d'accueil. Des tâches répétitives qui mobilisent jusqu'à 40 % du temps des équipes, et qui sont automatisables aujourd'hui, souvent sans coder.
La question du RGPD n'est pas un obstacle : c'est un cadre. Et pour l'économie sociale, habituée à manipuler des données sensibles, les réflexes sont souvent déjà là.
La mutualisation : la réponse adaptée à nos réalités
L'économie sociale, c'est majoritairement des petites structures aux ressources contraintes. Déployer une infrastructure IA seul, c'est souvent inaccessible.
C'est là que la logique Digicoop prend tout son sens : infrastructure partagée, outils mutualisés, coûts divisés, conformité RGPD collective. L'idée n'est pas que chaque structure réinvente la roue : c'est que le secteur ES, à travers entre-autre ses fédérations, se donne les moyens d'une transition numérique collective, à la hauteur de ses valeurs. Sur cette question comme sur d'autres dans le domaine de la transition numérique : Digicoop et ses acteurs sont une ressource.
À ne pas manquer : "Comment coopérer à l'ère digitale ?" Le 28 mai à Liège
Dans le prolongement de ces travaux, l'Agence du Numérique et ConcertES organisent le mercredi 28 mai une soirée dédiée à la mutualisation des projets numériques dans l'économie sociale. Au programme : présentation d'un livre blanc, trois retours d'expérience concrets, et un walking dinner pour prolonger les échanges.
Cinéma Sauvenière, Place Xavier Neujean, Liège À partir de 16h00
Quelques ressources pour aller plus loin
La CNIL publie une documentation accessible sur l'IA et les données personnelles, très transposable au contexte belge.
Le EU AI Act est désormais en vigueur : comprendre sa logique de classification par niveaux de risque est utile pour toute structure qui envisage de déployer un outil IA. Les publications de Digital Wallonia offrent des repères sectoriels pertinents.
La transition numérique, soit on la subit, soit on se la réapproprie. Dans l'économie sociale, nous avons toutes les raisons de choisir la deuxième option.
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