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Le Community Wealth Bulding – La démocratie économique locale en commun.

26 mars 2026 par
Le Community Wealth Bulding – La démocratie économique locale en commun.
SYNECO ASBL, CIMINO Luca

« Pensez global, agir local » Ce leitmotiv était omniprésent à Bordeaux lors du Forum Mondial de l’économie sociale – Si cet évènement a permis de penser globalement je vous propose de développer dans une série d’article certains concepts, projets, bonnes pratiques ou sujets qui permettent de (re)penser notre action en économie sociale et d’agir sur nos territoires, localement.

Le Community Wealth Bulding – La démocratie économique locale en commun.

Depuis nombres de décennies, nos territoires subissent les effets d’une économie capitaliste globalisée, extractive et déconnectée des besoins de ses populations.

Les crises – sanitaires, climatiques, sociales – se succèdent et se systémisent, mettant en avant chaque fois un peu plus les failles béates de notre système où la richesse produite localement s’évapore vers des actionnaires (de plus en plus) lointains, où les emplois précaires se multiplient (quand ils ne sont pas simplement supprimés), où les services publics se tarissent. Face à tout cela, une question s’impose : Quelles approches peuvent nous servir à repenser notre économie – Pour que celle-ci serve enfin l’intérêt général, la justice sociale et la transition écologique ?

Aujourd’hui, j’aimerai vous parler d’une d’entre-elle. Celle du Community Wealth Building (CWB)[1]. Celui-ci place la démocratie économique au cœur de la transformation de nos villes et campagnes. Contrairement aux recettes (néo)-libérales ou aux politiques de relance traditionnelles, le CWB ne mise pas sur l’attraction d’investisseurs extérieurs ou sur la croissance (du PIB) à tout prix. Il part d’un principe simple : la richesse existe déjà dans nos territoires. Il s’agit de la redistribuer équitablement, de la réinvestir localement et de la mettre au service des communautés.

Cinq piliers pour une économie au service du commun

Le CWB repose sur cinq piliers concrets, qui permettent de passer d’une économie aux mains de quelques un et au service d’elle-même à un modèle aux mains des territoires (et des citoyen-nes qui le composent) et au service de la société et des transitions.

  • Des achats publics responsables et moteurs : Et si les collectivités et les grandes institutions d’intérêt général (hôpitaux, universités, entreprises (para-)publiques) qui dépensent chaque année des milliards d’euros se fournissaient en priorité auprès des entreprises locales, des coopératives et des entreprises d’insertion ? À Preston, au Royaume-Uni, cette stratégie a permis de diminuer le chômage mais aussi de relancer l’économie locale en réorientant une grande partie des 750 millions de livres sterling dépensées par ces institutions vers l’économie locale et régionale[2]. Ce mouvement (d’achat public responsable) se développe chez nous mais reste l’exception plus que la règle[3][4]
  • Une finance ancrée territorialement : Les banques coopératives, les fonds d’investissement citoyens mais aussi les monnaies locales permettent de garder les capitaux sur le territoire, plutôt que de les voir partir vers des marchés spéculatifs. Ces initiatives ont en plus l’honneur de développer l’éducation financière des concernées et donc de développer leurs pouvoir d’agir.
  • Plus de démocratie dans l’usage du foncier et des biens immobiliers : La spéculation immobilière et l’accaparement des terres aggravent les inégalités et l’accès à ceux-ci. Des initiatives comme les Community Land Trusts, les coopératives immobilières à finalité sociale ou les baux emphytéotiques permettent de sortir le logement et les espaces agricoles de la logique marchande, pour les placer sous contrôle commun, citoyen.
  • Des entreprises démocratiques : Coopératives de travailleurs, entreprises sociales, sociétés à finalité sociale… Ces modèles d’entreprises d’économie sociale sont à la base de ce modèle.
  • Un travail décent et émancipateur : Le CWB ne se contente pas de créer des emplois : il exige que ceux-ci soient stables, bien rémunérés et porteurs de sens. Cela passe, entre autres, par des formations qui soient adaptées aux besoins locaux ou encore une reconnaissance des métiers essentiels (soin, éducation, agriculture…).

Des exemples qui inspirent, des défis qui existent

Ce modèle de Preston (ou de Cleveland)[5], souvent cité en exemple lorsqu’on parler de CWB, a permis de réduire la pauvreté infantile et de créer des emplois durables en quelques années. En Écosse, le gouvernement a même nommé un ministre dédié au CWB[6], preuve que cette approche gagne du terrain.

En Belgique, et en règle générale dans le monde francophone, ce modèle est peu connu mais le mouvement d’économie sociale ou la notion (plus connue) de communs sont proches et en lien avec celui-ci.

Pourtant, les défis sont nombreux. Les résistances politiques (quand ce n’est pas comme pour l’instant les réactions[7]), la complexité administrative et la méconnaissance de ces alternatives empêchent ou freinent leur essor.

En particulier et aussi car le CWB ne peut se contenter d’être une simple boîte à outils où l’on en pioche l’un pour l’exemple et parce que celui-ci est sexy : il doit s’inscrire dans une vision politique globale, qui remet en cause les dogmes de la croissance infinie mais aussi de la compétition (versus de la coopération)

Et près d’ici ?

En Wallonie et à Bruxelles, des initiatives existent dans ce sens (mouvement d’achat responsable[8], Community Land Trust, etc). Cependant celles-ci restent de l’ordre de l’anecdote là où elles devraient être majoritaire. Cette vision, si appliquée systémiquement et en cohérence, pourrait offrir une réponse pertinente aux problèmes de nos territoires. Imaginez :

  • Des hôpitaux et universités qui achètent majoritairement leurs fournitures auprès de coopératives de travailleurs locales, plutôt qu’auprès de multinationales.
  • Des fonds publics qui financent la reprise d’entreprises par leurs salariés, plutôt que de les laisser fermer ou délocaliser.
  • Des terres agricoles et des logements gérés par des Community land trust, et qui en finissent avec la spéculation.
  • Une banque publique Belge (ça, ça existe déjà – même si on re-commence à la perdre[9] -) qui soutient les projets locaux sociaux et écologiques

Pour y parvenir, il faut oser la rupture : former les élus et les fonctionnaires à ces nouvelles pratiques, créer des alliances entre mouvements sociaux, citoyens et de l’économie sociale, et surtout, impliquer les citoyens dans les décisions économiques qui les concernent.

Une utopie réaliste

Le Community Wealth Building n’est pas un sort ou une recette miracle. C’est un processus, une façon de repenser notre rapport à l’économie, au travail et à la démocratie. Il s’agit de construire, pas à pas, et avec les concerné-es une économie qui serve enfin le bien commun. En un mot de ré-encastrer l’économie.

En ces temps maussades, cette approche offre une lueur d’espoir : car si la solution ne viendra pas des grands sommets internationaux ou des marchés financiers, elle peut et doit se construire avec et à partir de nos territoires, de nos coopératives, de nos communes.

Ce modèle vous intéresse ? N'hesitez pas à venir écouter Thimothé Duverger - Responsable de la Chaire TerrESS de Sciences Po Bordeaux -  parler de cette thématique à la Semaine sociale du MOC 2026

Pour aller plus loin :


[1] Dont j’ai eu la chance d’entendre parler au Forum Mondial de l’Economie Sociale et Solidaire de Bordeaux et en présence d’acteurs de terrain qui font vivre ce concept.

[2] mais cet exemple précis sera abordé lors d’un prochain article

[3]https://marchespublics.wallonie.be/files/Actualit%c3%a9s/20240905_Rapport%20de%20mise%20en%20oeuvre%20SCOR%202023-2024.pdf

[4]  Voir aussi le travail autour de la boîte à outils « anti-dumping social » où la CSC a participé mais aussi ce qu’a fait SAW-B sur cette question.

[5] https://www.rtes.fr/le-modele-de-preston-relocaliser-l-investissement-pour-renforcer-l-economie-locale

[6] https://www.gov.scot/policies/cities-regions/community-wealth-building/ - Une loi est en cours d’adoption dans ce cadre

[7] naires

[8] Mais aussi des initiatives comme les ceintures alimentaires et leurs petits (et grands) (FoodC., etc)

[9] Je tiens à rappeler dans ce cadre que Belfius est à nous. 😉