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Retour sur la 103e Semaine sociale : l'économie sociale, un contre-modèle qui avance

18 mai 2026 par
Retour sur la 103e Semaine sociale : l'économie sociale, un contre-modèle qui avance
SYNECO ASBL, CIMINO Luca

Les 16 et 17 avril derniers, le CEME de Charleroi accueillait la 103e Semaine sociale Wallonie-Bruxelles du MOC, organisée autour d'une question ambitieuse : comment penser et développer l'économie sociale comme alternative désirable au modèle capitaliste, depuis nos territoires, dans une perspective émancipatrice et solidaire ?

SYNECO, l'agence-conseil en économie sociale du MOC, a contribué à l'organisation de cette édition et était présent à Charleroi pour y porter, en séquence conclusive, une parole des acteurs de terrain.

Voici ce qu'on retient de ces deux jours.

Jeudi 16 : penser l'alternative

La première journée a posé les fondations théoriques et historiques. Jean Matthys (FTU) a ouvert la réflexion en inscrivant l'économie sociale dans une perspective postcapitaliste, avant qu'Anaïs Périlleux et Ela Callorda Fossati (UCLouvain) n'interrogent la pluralité des formes que peut prendre cette économie : communs, ontologie politique, gouvernance démocratique.

François Welter (CARHOP) a rappelé les 150 ans de construction alternative portés par le mouvement ouvrier. Une histoire longue, concrète, ancrée dans des territoires, bien avant que l'économie sociale ne devienne un concept à la "mode".

L'après-midi a ouvert sur le monde. 

Natalia Hirtz (GRESEA) a présenté le mouvement argentin des entreprises récupérées par leurs travailleurs·euses :des usines abandonnées, reprises, autogérées. 

Timothée Duverger (Chaire TerrESS, Sciences Po Bordeaux) a parlé de démocratie économique, détaillé le modèle de Preston et son Community Wealth Building : des achats publics réorientés vers les coopératives locales, des fonds dédiés à la reprise d'entreprises par leurs salarié·e·s, du logement sorti de la spéculation. Un processus, pas un slogan. 

Sandra Moreno (RIPESS) a enfin rappelé que l'économie sociale et solidaire n'est pas un phénomène européen. C'est un mouvement intercontinental vivant, aussi avec ses propres dynamiques dans le Sud global.

La soirée, elle, était consacrée à la projection du film Le Balai Libéré. L'histoire des femmes de ménage de l'UCLouvain qui, dans les années 70, ont récupérée leur entreprise et créé leur propre coopérative de nettoyage. 

Vendredi 17 : ancrer dans le concret

Le deuxième jour a changé de registre. Sept ateliers thématiques sur les questions de : genre, alimentation, habitat, autogestion, indicateurs alternatifs, financement, emploi décent ont permis aux participant·e·s de confronter des pratiques de terrain à des cadres d'analyse exigeants.

En plénière, un panel réunissant Bénédicte Sohet (ConcertES), Frédéric Rasson (Direction de l'ES au SPW) et Charlotte Moreau (ULiège) a posé directement la question du rôle de l'État dans le développement de l'économie sociale. Un débat nécessaire, tant les choix publics conditionnent l'espace dans lequel le secteur peut se déployer.

Florence Degavre (UCLouvain), accompagnée du "ministère du care" ont clos les interventions académiques en remettant le care au cœur, non comme outil de gestion, mais comme levier de transformation sociale.

La séquence conclusive "Parole d'acteurs" a donné la parole aux acteurs du MOC engagé dans l'économie sociale :  Salima Amjahad (AID), Luca Cimino (Syneco), Roméo Matsas (Mutualité Chrétienne) et Santiago Fischer (WSM), avant que Dominique Decoux n'annonce la mise en place d'une commission Économie sociale au sein du MOC dont SYNECO fera partiesignal que le chantier ouvert à Charleroi n'est qu'un point de départ.

Ariane Estenne  a ensuite pris la parole pour les conclusions d'actualité politique, et le ton était sans détour. Elle a identifié deux dynamiques à l'œuvre : les blocages, d'abord, avec des réformes qui touchent chaque branche de la sécurité sociale sous couvert d'austérité, en écartant délibérément les mécanismes de concertation sociale. Et les dérives antidémocratiques, ensuite : remise en question du droit d'association avec la loi Quintin, associations menacées de perdre leurs subsides parce que jugées trop critiques envers les gouvernements, attaques frontales contre l'éducation permanente et les dispositifs de formation citoyenne, cinquante ans après le vote unanime du Décret qui les fondait. 

Un contexte qui rappelle, s'il en était besoin, que construire l'économie sociale aujourd'hui, c'est aussi résister à un projet qui réduit méthodiquement l'espace du collectif. Lire le discours complet

Ce qu'on retient

Deux jours de pensée, d'échanges et de rencontres qui confirment une conviction : l'économie sociale n'est pas un secteur qu'on gère, c'est un mouvement qu'on construit. Des modèles existent, ils fonctionnent, ils essaiment. De Preston à Buenos Aires, de Charleroi à la République dominicaine.

Pour Syneco, cette édition renforce notre engagement quotidien. Trois mots qui sont aussi notre devise :

Oser : se lancer, transformer, reprendre, créer là où le marché a abandonné.

Innover : dans les modèles qu'on propose, dans les pratiques qu'on développe, dans les alliances qu'on tisse entre mouvements sociaux, syndicats et acteurs de l'économie sociale.

Coopérer : dans les territoires, en réseau, sans silos. C'est ce que cette Semaine sociale a fait pendant deux jours. Il ne faudrait pas perdre cette énergie en rentrant chez soi.